Traversée des Alpes en Gravel

Expédition — Alpes françaises — Été

Traversée des Alpes en Gravel

800 km. 21 500 m D+. Du lac Léman à la Méditerranée en 6 jours et demi, vélos gravel chargés.

Distance

800 km

Dénivelé

21 500 m D+

Durée

6,5 jours

Temps de lecture

10 min

Il y a des aventures que l’on prépare pour voyager. Et il y a celles que l’on prépare pour se préparer soi-même. Cette traversée des Alpes en gravel faisait partie de la deuxième catégorie. Avant de repartir sur les tournages de RISE, avant de passer des semaines sur le terrain à filmer des histoires, des solutions et des rencontres, on avait besoin de tester le corps, le matériel et notre capacité à avancer longtemps, même quand la fatigue prend toute la place.

L’idée était simple sur le papier : partir de Thonon-les-Bains, au bord du lac Léman, et rejoindre Nice, au bord de la Méditerranée, en suivant une trace inspirée de la Route des Grandes Alpes en version gravel. En pratique, cela voulait dire 800 kilomètres, 21 500 mètres de dénivelé positif, des vélos chargés, des journées immenses, des bivouacs, des orages, des cols mythiques et beaucoup de moments où il fallait pousser le vélo plutôt que le pédaler.

Nous n’étions pas là pour chercher la performance pure. Mais nous avions quand même choisi un format intense : traverser les Alpes en 6 jours et demi. C’était court. Trop court, parfois. Mais c’était aussi exactement ce que nous étions venus chercher : un condensé d’effort, de paysages et de liberté.

Le voyage

L'itinéraire en bref

Départ
Thonon-les-Bains, au bord du lac Léman.
Arrivée
Nice, sur la côte méditerranéenne.
Distance
Environ 800 km.
Dénivelé positif
Environ 21 500 m D+.
Ambiances
Cols alpins, pistes d’altitude, routes en balcon, pierriers.
Difficultés principales
Longues journées, altitude, orages, portage, filmer en mouvement.

Carte de l'itinéraire

Suivre la trace, du nord au sud

Le film

Voir le film complet de notre traversée des Alpes en gravel

Départ au bord du lac Léman avec les vélos chargés

Quitter le lac, entrer dans le relief

Les premiers kilomètres ont ce goût particulier des départs d’aventure. Tout est encore propre, rangé, plein d’optimisme. Les sacoches sont bien fixées, les jambes sont fraîches, et on se dit que, finalement, 800 kilomètres, c’est juste une addition de petits morceaux.

Puis les Alpes rappellent très vite qu’elles ne se traversent pas par hasard. Dès les premières heures, la route s’élève. Les villages s’éloignent, les vallées se creusent, les pistes apparaissent. On quitte progressivement les grands axes pour retrouver ce que l’on aime dans le gravel : ces chemins de traverse qui ne sont ni vraiment des routes, ni vraiment des sentiers, mais qui donnent l’impression d’entrer dans un paysage par une porte dérobée.

Premières pistes gravel dans les Alpes françaises

La trace n’a rien d’une balade. Elle alterne petites routes, pistes forestières, chemins caillouteux, portions roulantes et sections franchement techniques. Parfois, tout s’enchaîne parfaitement. On avale les kilomètres, les pneus crissent dans la poussière, les montagnes s’ouvrent devant nous. Parfois, au contraire, chaque mètre se gagne. On descend du vélo, on pousse, on porte, on s’agace un peu, puis on relève la tête et on se rappelle pourquoi on est là.

Route en balcon au-dessus des vallées alpines

Rouler longtemps, filmer quand même

Ce voyage avait aussi une contrainte invisible : documenter l’aventure. Filmer quand on est frais, c’est facile. Filmer après 120 kilomètres, avec encore un col à passer et la météo qui tourne, c’est autre chose.

Pour RISE, c’était un vrai test. Sur le terrain, nos journées ne s’arrêtent jamais à l’effort physique. Il faut aussi regarder, écouter, raconter, cadrer, charger les batteries, protéger le matériel, anticiper le lendemain. Cette traversée était donc un laboratoire à ciel ouvert : comment rester créatifs quand le corps veut juste s’arrêter ? Comment garder l’envie de filmer quand il pleut ? Comment raconter une aventure sans la transformer en performance froide ?

Deux vélos, deux sourires, une longue journée d’altitude

La réponse est venue petit à petit. Il fallait accepter de faire simple. Sortir la caméra quand l’émotion était là. Filmer les silences autant que les moments spectaculaires. Les jambes qui tournent, les mains froides, les sacs ouverts au bord de la route, les regards qui disent « on continue ? », les repas improvisés, les descentes qui redonnent tout d’un coup de l’énergie.

Longue journée de route en gravel dans les Alpes

La haute montagne, version gravel

Plus on avançait vers le sud, plus l’aventure devenait minérale. Les forêts laissaient place aux alpages, puis aux pierriers, puis à ces grands espaces d’altitude où l’on se sent tout petit.

Certaines sections étaient incroyablement roulantes. D’autres ressemblaient plus à du VTT qu’à du gravel. C’est là que la traversée prend une autre dimension. Avec les vélos chargés, chaque pierre compte. Une montée raide devient un bras de fer. Une descente cassante demande autant de concentration qu’un col. Et quand il faut pousser, le vélo cesse d’être un moyen de transport pour devenir une charge de plus.

Paysage minéral de la Casse Déserte

On se souvient particulièrement de ces longues approches vers les hauts cols. Les lacets, le vent, l’altitude, les panneaux que l’on attend pendant des heures. Arriver au col de l’Iseran avec les vélos chargés avait quelque chose de presque irréel. Ce genre de moment où l’on ne sait plus si l’on est fier, fatigué, heureux ou juste soulagé.

Vélos chargés au col de l’Iseran

Les journées qui débordent

Faire 800 kilomètres en 6 jours et demi laisse peu de marge. Les journées commençaient tôt et finissaient tard. Parfois, on avait l’impression d’être en retard dès le réveil.

Il fallait rouler, manger, remplir les gourdes, filmer, réparer de petites choses, chercher un endroit où dormir, surveiller la météo, recommencer. Les moments simples prenaient une valeur immense : un rayon de soleil après une averse, une fontaine dans un village, un bout de pain, une baignade glacée, dix minutes allongés dans l’herbe sans parler.

La fatigue change tout. Elle rend les paysages plus intenses, mais elle rend aussi les décisions plus lourdes. Continuer ou s’arrêter ? Prendre la variante plus rapide ou rester fidèle à la trace ? Sortir la caméra ou garder l’énergie pour le prochain col ? Et pourtant, malgré la difficulté, il y avait souvent cette sensation très claire : on était exactement au bon endroit.

Piste isolée sous les sommets alpins

Vivre dehors

Les bivouacs sont les parenthèses de ce genre d’aventure. Ils ne durent jamais longtemps, mais ils restent dans la mémoire. On monte la tente avec les gestes qui deviennent automatiques. On étale les affaires humides. On mange ce qu’il reste. On vérifie la météo. On s’endort parfois avant même d’avoir eu le temps de réaliser où l’on est. Puis, au réveil, tout recommence : replier, charger, repartir.

Ces nuits dehors changent la manière de vivre la traversée. La montagne n’est plus seulement un décor. Elle devient le lieu où l’on dort, où l’on a froid, où l’on se réveille, où l’on reprend confiance. Il y a aussi les récompenses inattendues. Un lac assez beau pour donner envie de plonger malgré la fatigue. Une douche improvisée dans l’eau froide. Un moment de rire qui efface une journée difficile.

Bivouac dans les Alpes au coucher du soleil

La météo fait partie du voyage

Dans les Alpes, la météo n’est jamais un détail. Elle décide de l’ambiance, du rythme et parfois du moral. Nous avons eu des journées lumineuses, des ciels immenses, des pistes parfaites. Nous avons aussi eu la pluie, les orages, le froid, cette humidité qui s’infiltre partout et transforme chaque pause en négociation avec soi-même.

Ces moments-là ne sont pas forcément les plus beaux sur le papier. Mais ce sont souvent eux qui donnent au voyage sa texture. Quand le soleil revient, il n’a plus la même valeur. Quand la route sèche, elle paraît plus légère. Quand on repart après avoir douté, quelque chose change dans la tête.

Nuages d’orage sur une piste gravel alpine

Descendre vers le sud

À mesure que l’on approchait de la Méditerranée, l’atmosphère changeait. Les montagnes restaient là, mais la lumière devenait plus sèche, les villages plus méridionaux, les odeurs différentes. On sentait la fin avant de la voir.

Le dernier jour avait cette énergie étrange : l’envie d’arriver et la peur que tout s’arrête. Après presque une semaine à ne penser qu’à avancer, l’idée de poser les vélos paraissait presque irréelle.

Route de haute altitude dans les Alpes du Sud

Puis la mer est apparue. Après les cols, les cailloux, les bivouacs, la pluie, les matins froids et les jambes lourdes, il y avait enfin l’eau salée, la lumière de Nice et cette impression très simple d’avoir traversé quelque chose de plus grand que nous.

Les vélos chargés au bord de la Méditerranée à Nice

Ce que cette traversée nous a appris

Cette aventure n’était pas un tournage RISE à proprement parler. Mais elle disait déjà beaucoup de ce que nous cherchons à construire.

Pour raconter des solutions, il faut accepter le temps long. Pour rencontrer vraiment les gens, il faut savoir arriver lentement. Pour documenter un territoire, il faut en sentir les distances, les reliefs, les contraintes. Le vélo fait cela mieux que beaucoup d’autres moyens de transport. Il oblige à rester humble. Il rend chaque kilomètre concret.

Cette traversée des Alpes nous a rappelé que l’aventure n’est pas seulement dans les destinations lointaines. Elle peut commencer ici, dans les montagnes que l’on croit connaître, dès que l’on décide de les traverser autrement.

On croyait être venus traverser une ligne sur une carte. En réalité, on venait apprendre ce que la montagne accepte de donner quand on prend le temps de la traverser.

— Charlotte & Nico

Lac d’altitude et sommets sur la route des AlpesPause au bord d’un lac pendant la traversée des AlpesBaignade froide après une longue journée de gravelMontée au soleil sur les pistes gravel des AlpesVillage alpin traversé pendant la descente vers le sudPortage et poussage sur les chemins techniquesTente de nuit pendant la traversée des AlpesJournée de pluie sur la traversée des Alpes en gravel
Fin de traversée, vélos chargés à la gare

Le matériel

Vélos gravel chargés, autonomie partielle

Nous avons roulé sur des vélos gravel chargés en bikepacking, avec le matériel de bivouac, un setup vidéo léger et seulement le strict nécessaire pour six jours et demi en montagne. Pas de voiture suiveuse, pas de navette, juste les jambes, les pistes et la météo. Sur une trace comme la Route des Grandes Alpes en version gravel, chaque gramme compte — et le bon équilibre entre confort, autonomie et légèreté fait partie de l’aventure.

Quand nous sommes montés dans le train avec les vélos, il y avait la fatigue, évidemment. Mais il y avait surtout cette envie familière : repartir. Pas pour aller plus vite. Pas pour cocher une trace. Repartir parce que ces jours dehors nous avaient remis exactement là où l’on voulait être : sur la route, ensemble, avec une caméra, des vélos chargés, et l’envie de comprendre le monde en le traversant lentement.

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