La Route des Caravanes au Maroc

Expédition — Maroc — Novembre 2025

La Route des Caravanes au Maroc

2 000 km. 28 500 m D+. Le Maroc du Sud au Nord, à vélo, sur les anciennes routes caravanières.

Distance

2 000 km

Dénivelé

28 500 m D+

Saison

Novembre

Temps de lecture

12 min

Après trois années intenses à faire grandir RISE — Our World Heritage, nous avions besoin de ralentir. Avec RISE, nous utilisons le documentaire comme un outil pour rendre visibles les solutions qui fonctionnent, puis pour les rendre compréhensibles. Cette fois, l'idée s'est imposée naturellement : partir en repérage pour un futur sujet à vélo, en introduisant de la lenteur dans un quotidien souvent frénétique.

C'est comme ça que nous nous sommes retrouvés sur la Route des Caravanes. Un itinéraire mythique qui traverse le Maroc du Sud au Nord, en cherchant le plus possible les pistes, les vallées reculées et les passages empruntés autrefois par les caravanes. Un voyage dans le temps, mais aussi un vrai test grandeur nature pour nos corps, nos vélos, notre matériel de tournage et notre façon de voyager.

Le voyage

L'itinéraire en bref

Départ
Agadir, puis Tiznit pour rejoindre la trace principale.
Arrivée
Tanger, face au détroit de Gibraltar.
Distance
Environ 2 000 km.
Dénivelé positif
Environ 28 500 m D+.
Ambiances
Anti-Atlas, Sahara, Haut Atlas, vallées agricoles, médinas du Nord.
Difficultés principales
Chaleur, eau, sable, pistes cassantes, froid en altitude, mécanique.

Carte de l'itinéraire

Suivre la trace, du Sud au Nord

Le film

Voir le film complet de notre traversée du Maroc à vélo

Départ à vélo près de l'Atlantique

Quitter la côte, entrer dans le minéral

Nous sommes début novembre, mais dans le sud du Maroc il fait encore très chaud. Les premiers coups de pédale depuis Agadir nous rappellent vite que l'aventure ne commence jamais exactement comme on l'imagine. Il fait 34°C, l'ombre est rare, l'eau devient immédiatement le sujet central et nos corps ont besoin de temps pour s'adapter.

Depuis Tiznit, les paysages changent. Nous quittons peu à peu la côte pour entrer dans un Maroc plus minéral, plus sec, plus silencieux. Les montagnes n'ont rien à voir avec les Alpes du Nord d'où nous venons. Ici, on a parfois l'impression d'être dans le désert, mais avec du relief partout autour de nous. Les pistes sont belles, isolées, souvent techniques. On pensait rouler vite. En réalité, il faut apprendre à avancer autrement.

Piste isolée dans l'Anti-Atlas

La journée, nous croisons très peu de monde. Cela donne une sensation immense de liberté, mais aussi de responsabilité. Les points de ravitaillement sont rares et l'eau n'est pas toujours potable. Quand nous savons que nous n'aurons pas accès à l'eau avant longtemps, chacun transporte jusqu'à 10 litres. Dans les montées à plus de 15 %, ce poids se fait sentir très vite. Une fois en haut, chaque gorgée devient une petite victoire.

L'hospitalité comme boussole

De temps en temps, au milieu de ces grands espaces, nous traversons un village. À chaque fois, l'accueil nous marque. Après des heures, parfois des jours, sans vraie civilisation, ces rencontres font un bien fou.

Un soir, après une étape de 120 km et 2 400 m D+ presque entièrement sur des chemins de VTT, nous arrivons épuisés. Il fait froid, il pleut, la nuit tombe et le seul hôtel du coin est complet. On nous explique aussi qu'il est interdit de planter la tente dans les environs. La solution proposée n'est pas vraiment celle dont nous rêvions : dormir devant le poste de police.

Alors nous allons manger quelque chose, un peu résignés. Pendant le repas, un homme vient nous voir. Il nous dit de le suivre, qu'il nous a trouvé un endroit où dormir. C'est le responsable du village. Il nous ouvre la salle culturelle pour la nuit. Nous sommes au chaud, abrités, et nous avons même accès à un peu d'eau pour nous laver. Dans ces moments-là, le confort redevient très simple. Un toit. Un sol sec. Un sourire. Et une immense reconnaissance.

Repas partagé chez l'habitant au Maroc

Foum Zguid, le Sahara et le sable

Nous reprenons ensuite la route vers Foum Zguid, point de départ de ce qui deviendra la partie la plus difficile du voyage : la traversée du Sahara à vélo.

Nous pensions avoir déjà connu le maximum en termes de technicité. Nous avions tort. Sur la carte, 150 km peuvent sembler faisables en une grosse journée. Sur le terrain, c'est une autre histoire. Le début de la traversée est brutal. D'énormes pierres nous empêchent de rouler. Nous poussons les vélos pendant des heures, parfois avec l'impression de ne presque pas avancer. Cette première section dure environ 50 km.

Puis, soudain, le terrain change. Pendant une vingtaine de kilomètres, nous roulons sur du sable dur, rapide, fluide, avec le désert à perte de vue. C'est l'un de ces moments qui effacent une partie de la fatigue. On se sent minuscules, chanceux, complètement vivants.

Vélos chargés dans le Sahara au coucher du soleil

Mais très vite, les dunes se rapprochent. Les pneus s'enlisent. Même poser le vélo devient fatigant. La journée avance et nous comprenons que nous n'arriverons jamais de l'autre côté avant la nuit. Tant pis. Le désert nous offre un coucher de soleil incroyable, et même le passage d'un groupe d'antilopes devant nous. La difficulté reste là, mais elle est contrebalancée par une beauté presque irréelle.

Le lendemain, nous venons enfin à bout de cette traversée. Nous sommes affamés, rincés, mais heureux. Si c'était à refaire, nous le referions quand même. Pas parce que c'était facile. Justement parce que ce ne l'était pas. Traverser le désert à vélo fait partie de ces expériences qui déplacent quelque chose à l'intérieur.

Traversée du désert à vélo

Mohamed, les dromadaires et une chute mémorable

Le soir suivant, nous rencontrons Mohamed. Il veut nous emmener faire une balade avec ses dromadaires. Nous lui expliquons que nous avons déjà essayé plus jeunes, et que nous n'avons pas vraiment le temps. Il insiste, puis nous demande simplement si nous pouvons faire quelques photos pour son site. Comme nous avons passé un très bon moment ensemble, nous acceptons.

Le lendemain matin, nous voilà donc sur les dromadaires. L'expérience ne dure pas longtemps. Celui de Nico décide de partir en accélérant, ce qui se termine par une belle chute. Plus de peur que de mal, quelques contusions seulement, et un souvenir qui nous fera longtemps rire.

Après ces émotions, nous reprenons la route. Pour reposer un peu les corps et les têtes, nous choisissons une journée plus roulante. Mais au Maroc, même une journée censée être facile peut changer de visage. Le vent s'invite, frontal, constant, usant. On n'avance pas. Moralement, c'est parfois aussi dur que la pente.

Longue piste désertique au Maroc

De la fournaise du Sud au froid de l'Atlas

Peu à peu, nous quittons le Sud. Les paysages changent complètement. Le désert laisse place à des vallées plus vertes, à des villages plus nombreux, à des champs, des pommiers, des figuiers. Nous traversons des zones moins isolées et nous pouvons nous arrêter plus souvent pour discuter, poser des questions, comprendre les pratiques agricoles et préparer nos repérages pour RISE.

Cycliste sur la route vers les montagnes de l'Atlas

Puis vient l'Atlas. Nous passons un col autour de 3 000 m d'altitude. Comme nous avons pris du retard à cause de soucis mécaniques et de certaines journées beaucoup plus lentes que prévu, nous devons avancer. Une journée atteint 150 km. Le soir, nous mangeons un énorme plat de pâtes en sachant que le lendemain sera encore long.

Au réveil, il fait -2°C. Le contraste avec les 34°C du Sud est brutal. Les premières heures sont difficiles. Nous sortons les sacs de congélation pour isoler les extrémités. Au bout de trois heures, le corps finit par se réchauffer. Et là, les paysages nous submergent. Les montagnes, la lumière, les villages, la route qui serpente : tout semble plus grand.

Nous croisons aussi un autre groupe de cyclovoyageurs et sommes invités à manger chez l'habitant. Nous ne parlons pas vraiment la même langue, mais ce moment restera l'un des plus beaux du voyage. C'est exactement ce que nous aimons dans le vélo : il oblige à ralentir suffisamment pour que les rencontres existent.

Route et montagnes dans l'Atlas

Les pannes font partie de l'histoire

Une traversée comme celle-ci met tout à rude épreuve : les corps, les relations, les vêtements, les freins, les pneus, les sacoches, l'organisation. Quelques soucis mécaniques nous font perdre beaucoup de temps. Sur le moment, c'est frustrant. Mais ces contretemps ouvrent aussi des portes. On trouve un atelier, on demande de l'aide, on échange, on attend, on observe.

Ce voyage nous rappelle une règle simple : en bikepacking, l'efficacité ne se mesure pas seulement en kilomètres par jour. Elle se mesure aussi à la capacité d'accepter ce qui arrive, à trouver une solution avec les moyens du bord et à repartir sans transformer chaque imprévu en problème.

Réparation vélo dans un atelier au Maroc

Dormir dehors, retrouver le nécessaire

Les nuits en bivouac font partie des grands souvenirs de cette traversée. Certaines sont magiques, sous un ciel immense. D'autres sont plus froides, plus inconfortables, plus humides. Mais chacune ramène à l'essentiel.

Après plusieurs jours de selle, une douche devient un luxe. Un plat chaud devient une récompense. Un endroit sec pour poser le matelas devient un palace. Le voyage à vélo remet les priorités dans le bon ordre. Il fatigue, bien sûr. Mais il simplifie aussi tout.

Bivouac à vélo dans l'Anti-Atlas

Les médinas du Nord et l'approche de Tanger

Comme nous avons finalement réussi à bien avancer, nous pouvons ralentir un peu avant la fin. Nous prenons le temps de visiter les médinas du Nord. Fès, Chefchaouen, Tétouan. Après les pistes, le sable, le froid et les journées interminables, les villes nous apportent un autre type de réconfort : la couleur, les odeurs, la cuisine, la densité humaine, l'histoire.

Entre les villes, les chemins restent incroyables. Parfois roulants, parfois très techniques, souvent isolés. Le Maroc ne se laisse jamais traverser de manière linéaire. Il alterne le minéral et le vivant, le silence et le bruit, le vide et la rencontre.

Quand nous approchons de Tanger, nous sentons que la fin du voyage arrive. Apercevoir le détroit de Gibraltar après tant de jours passés à pédaler donne une sensation étrange. D'un côté, la joie d'avoir traversé. De l'autre, déjà, l'envie de repartir.

Ce que le Maroc nous a appris

Cette aventure restera sportive, évidemment. 2 000 km et 28 500 m D+, ce n'est pas anodin. Mais si nous ne devions retenir qu'une chose, ce ne serait ni la distance, ni le dénivelé, ni même le Sahara.

Ce serait les rencontres.

Les personnes qui ouvrent une porte quand il fait nuit. Celles qui partagent un repas même quand on ne parle pas la même langue. Les enfants qui rient en voyant les vélos chargés. Les mécaniciens qui cherchent une solution. Les villages qui apparaissent comme des refuges après des heures de piste. Le Maroc nous a rappelé que le voyage à vélo est un formidable accélérateur d'humanité.

Pour RISE, cette traversée a aussi confirmé une intuition : la lenteur permet de mieux voir. À vélo, on comprend les distances, les contraintes d'eau, la rudesse des sols, la fragilité des vallées, la force des pratiques locales. On ne traverse pas seulement un paysage. On apprend à l'écouter.

La journée la plus éprouvante a été la traversée du Sahara. Tout était dur : la chaleur, le terrain, la longueur, le sable. Mais c'est aussi une journée qu'on recommencerait sans hésiter, parce que la beauté des paysages et la magie d'être là avec deux vélos compensaient tout.

— Charlotte & Nico

Cycliste au coucher du soleil dans le SaharaPiste gravel sous l'orage au MarocPiste technique dans les montagnes marocainesPiste sableuse vers Foum ZguidTente éclairée la nuit au MarocVélos chargés dans la médina bleue de ChefchaouenRuelle bleue à ChefchaouenFin du voyage à Tanger avec les vélos chargésCoucher de soleil sur la mer près de Tanger
Détail du setup bikepacking Pilot Cycles

Les vélos

Pilot Cycles — SCRAM IT & Locum

Pour cette aventure, nous avons roulé avec deux vélos Pilot Cycles : un gravel SCRAM IT et un Locum typé VTT. Les deux nous ont impressionnés par leur efficacité et leur confort, avec un vrai coup de cœur pour le Locum sur ce genre d'itinéraire très cassant, parfois plus proche du VTT que du gravel classique.

On avait envie de ralentir. On a traversé un pays. Et on est revenus avec une certitude : l'aventure commence souvent quand le plan initial cesse de fonctionner.

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